Retour en terre bantu des objets d’art

LE PREMIER LOT DES BIENS CULTURELS

GABONAIS REMIS ENTRE LES MAINS

D’ALAIN-CLAUDE BILIE-BY-NZE, MINISTRE

d’ETAT en charge de la Culture

LE CICIBA SE FELICITE DE CE DEBUT DU PROCESSUS DE RESTITUTION DES OBJETS D’ART

13 juillet 2018. La salle OKUME du Radisson-Blu affiche complet. Venus de partout, des invités de marque sont au premier rang. Parmi ceux-ci, aux côtés de Son Excellence Alain Claude Alain-Claude Bilie-By-Nze et du Professeur Patrick Mouguiama-Daouda, organisateur de cette manifestation, il y a  : le Représentant de l’UNESCO au Gabon, le Directeur Général du CICIBA, le Directeur du Musée du Quai-Branly de Paris, le Président de l’Université Franco-Gabonaise. Sont également présents, tout le personnel scientifique et académique du Réseau UNITWIN/Chaire UNESCO « Réseau Bantuphonie : Langues en dangers, savoirs endogènes et biodiversité » de l’UOB et les étudiants de la première promotion de ladite Chaire.

L’événement est à la hauteur de la symbolique incarnée par ce retour inattendu – aujourd’hui ! – des quatre premiers objets d’art de toute beauté ramenés de Paris à Libreville, sous la conduite de Monsieur Pierre Paul Amrouche, ancien expert international du CICIBA, et du professeur Patrick Mouguiama-Daouda.

Il y avait là un hochet magique « Thafu Maluangu » des Bakhimba, Yombe ; un « Pungi », trompe cérémonielle punu-lumbu originaire du Sud Gabon ; une figure reliquaire « Mahongwe » du Gabon provenant précisément de la région de Makokou (Ogooué-Ivindo) ; et une autre figure reliquaire Kota Obamba du Gabon datant du XIXe siècle. Que de beaux et remarquables objets d’art !

Emporté du Gabon dans des conditions difficiles à élucider, ces biens culturels, entre-temps mûris par l’âge sous d’autres cieux, ont d’abord été mis en vente publique puis rachetés par un passionné de l’art bantu gabonais, qui les déposera en consignation dans une banque française avant leur retour en terre bantu, comme c’est le cas aujourd’hui. Que du bonheur !

Cela fut du reste perceptible à travers toutes les prises officielles de parole du jour. Pour le professeur Patrick Mouguiama-Daouda (Coordonnateur international du Réseau UNITWIN-UNESCO/ « Chaire UNESCO Bantuphonie : Langues en danger, Savoirs endogènes et Biodiversité ») : « Ce moment est un indice essentiel de la reprise en main de destin de l’ensemble d’objets culturels victimes de la prédation passée. Il faut y voir un signe des temps heureux pour les cultures africaines aspirant à leur refondation mémorielle. »

Le représentant de l’UNESCO au Gabon, Monsieur  Vincenzo Fazzino, ne dit pas lui non plus autre chose que cette vérité-là qui veut que ce retour des biens culturels réponde à une des recommandations de la dernière réunion tenue à l’UNESCO au sujet de cette problématique de la restitution des biens culturels et de leur circulation dans un réseau plus licite qu’ils ne l’ont été jusque-là. Tout est donc à l’honneur du Réseau UNITWIN qui, à travers une telle médiation aux côtés du Ministère de la Culture gabonais et du CICIBA, accomplit un acte majeur à l’aune des ambitions d’un réseau fondé sur la solidarité et la mutualisation de savoirs et d’avoirs.

Dans son intervention, invité spécial à cette cérémonie, Monsieur Stéphane Martin Président du musée du quai Branly, s’est félicité de cette cérémonie en tant qu’elle porte une grande symbolique :  » le retour à la maison des œuvres appartenant à un des patrimoines le plus original du continent africain. Il sait de quoi il parle lui, qui a eu la chance d’abriter, il n’ y a pas longtemps au musée du quai Branly à Paris, une mémorable exposition consacrée à plus de 300 œuvres d’art d’origine gabonaise et dont les échos du succès retentissent encore à travers le monde.

Pour sa part, se réjouissant de ce retour en terre gabonaise des objets d’une telle valeur, anthropologique, patrimoniale et sentimentale, le Ministre d’Etat, Alain-Claude Bilie-By-Nze a manifesté toute sa joie en présidant ce retour de biens du Gabon. Retour au pays d’origine, retour dans l’intimité ancestrale, retour aux racines afin de permettre la refondation de la mémoire là où elle s’était rompue.

L’événement en soi nous instruit avec force que la pensée des peuples bantu d’hier ne vise pas l’exotique ; elle est inséparable de la puissance d’une société dans son rapport aux mystères de son terroir, à sa noblesse et à sa majesté. Ce quoi l’art répond dans le triomphe perpétuel de la vie. Comme disait Rodin, seul l’art, lui qui permet d’accéder au sacré, au divin et à l’intemporel, « indique aux hommes leur raison d’être. Il leur révèle le sens de la vie, ils les éclaire sur leur destinée et par conséquent les oriente dans l’existence. »

Le retour de ces objets, qui sont hors du temps chronologique, va sûrement apporter une lumière supplémentaire dans cette existence-là.

Un événement en appelant un autre, la Chaire UNESCO « Réseau bantuphonie » de l’UOB et le CICIBA ont saisi l’occasion pour signer un accord de coopération scientifique. Moment d’une extrême émotion et solennité pour les deux institutions dont on retrouve la trace dans les propos du Directeur Général du CICIBA, le professeur Antoine Manda Tchebwa : « Cet événement est la concrétisation d’un vieux rêve. Le CICIBA se réjouit au plus haut point d’y avoir apporté sa modeste contribution au moment où, son initiateur, engeait ses premières démarches en vue de l’agrément de la Chaire auprès de l’UNESCO. Il y croyait ferment. Le CICIBA aussi. Deux forces en une ont été à l’origine de l’étincelle qui a engendré la grande lumière que nous avons sous les yeux aujourd’hui. Il ne pouvait pas en être autrement. Car partout où il est question de soutenir la bantuité et la bantuphonie, le CICIBA ne peut se dérober de ses responsabilités. Fort des encouragements reçus de la part de notre PCA, Alain-Claude Alain-By-Nze, nous avons fait en sorte que l’avènement de cette Chaire soit une occasion de mutualisation concrète de nos compétences scientifiques et culturelles, ainsi que de notre passion commune pour l’idéal bantu. C’est à cette fin, justement, que, passant des paroles aux actes, moi-même et mon collègue le professeur Bitjaa Kody, Directeur de la Recherche du CICIBA, avons déjà commencé à dispenser des cours à la promotion pionnière de ladite Chaire dans les domaines de la linguistique et des civilisations bantu, ce compris celles de la diaspora, à la grande joie de tous. »

La séquence ultime de cette manifestation a té marquée par une conférence scientifique de haut niveau consacré à l’histoire de la collecte des objets d’art depuis l’Europe médiévale, en passant par les guerres de conquêtes, les navigateurs européens, jusqu’aux collectionneurs privés tant en Afrique coloniale qu’en Europe et dans les Amériques.

Ce moment de haut partage scientifique, animé par le prof Pierre Paul Amrouche, a permis à l’auditoire de comprendre tout le processus des collectes d’objets d’art selon les contextes esthétiques, les goûts d’époque et les motivations psychologiques subjacentes.  Entre toutes les mains, celles des conquérants militaires, des missionnaires catholiques ou des navigateurs des temps anciens, la passion pour ces objets chargés de tant de mystères doublés d’une beauté inséparable, présentent d’inégales dimensions esthétiques. Que ce soit dans les cours royales ou princières, où au sein de quelque autre lieu d’exposition publique ou privée, l’ouvre d’art, tantôt objet magique, tantôt bibelot décoratif, a sa propre protohistoire, son histoire et son actualité migratoire à travers les âges et les continents. L’érudition du conférencier s’additionnant à un regard plus instruit sur le domaine de l’art bantu a conféré à cette rencontre un plus grand intérêt.

Bravo au réseau UNITWIN et à la Chaire UNESCO « Bantuphonie » de l’UOB. L’aventure ne fait que commencer, avec, à ses côtés, le CICIBA.

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