Accueilli à bras ouvert en terre Benga

LE PROFESSEUR BRESILIEN WALMIR DAMASCENO DOS SANTOS, COORDONNATEUR GENERAL DE L’INSTITUT LATINO-AMERICAIN ILABANTU RETROUVE SES RACINES AU GABON

« Je me sens très ému d’être reçu sur la terre de mes ancêtres, cinq siècles après ma déportation vers les Amériques ».

C’est un Afro-descendant tout auréolé de bonheur qui s’est retrouvé dans les bras de ses frères « Benga» cet après-midi du 7 mars 2018.Visite en deux temps : d’abord au Cap Esterias, siège officiel du royaume des Benga, sous la conduite du « Premier Ministre » de la cour ; ensuite au palais royal du Cap Santa Clara. Deux moments forts qui ont permis au visiteur venu du Brésil de jouir d’un accueil digne d’un « enfant prodigue ».

Conduit auprès du souverain en titre du peuple Benga par une forte délégation du CICIBA, avec à sa tête le professeur Antoine MANDA TCHEBWA, Directeur Général, l’hôte brésilien n’a pas boudé sa grande joie de retrouver, enfin, sa famille africaine.

Comme dans un pèlerinage aux sources de ses ancêtres, le professeur Walmir vient ainsi de réaliser, ici au Gabon, un de ses vieux rêves : « Marcher sur les traces de nos ancêtres. Quel bonheur ! Je sais que je viens de quelque part sur cette côte du Golfe de Guinée. Où exactement ? Il est difficile à un vieux voyageur de cinq siècles comme moi de déterminer, avec une extrême précision, le pays d’avant mon arrachement du sol de mes ancêtres. C’est avec un profond sentiment de joie que je salue l’opportunité que m’offrent le Gabon et le CICIBA de croiser ici à Libreville, un de mes rois d’Afrique, fût-ce sur un mode idéaliste ».

Là, c’est un « Regressado » (un retourné) comblé qui, entre nostalgie et déchirement, aborde son premier contact du Gabon profond à partir de cette terre chargée de tant de mémoires. Car le Gabon est une mosaïque des peuples bantu aux trajectoires historiques riches et variées, parfois auréolées par les exploits mémorables des rois et princes de grande renommée, nourris de leurs multiples épopées.

En posant ses pieds sur les côtes gabonaises, l’hôte brésilien n’a pu se rendre compte par lui-même que d’une chose essentielle : la côte gabonaise participe d’une position géographique hautement significative car elle est située sur la route des Amériques, donc sur celle des Inde et du Brésil. « Mes ancêtres, sont sûrement partis d’ici, de quelque-part. Il n’y a aucun doute possible », s’est-il dit.

Revenons un moment à l’accueil en pays Benga. Encadré par le rituel protocolaire de la cour, l’hôte Brésilien et ses accompagnateurs se sont soumis, à leur arrivée, au rituel du kaolin blanc (symbole de pureté).  Ils ont ensuite été conduits auprès du roi Ta Kombouet, en marchant humblement sur un tapis tout blanc, décoré de pétales vertes. Ce rituel d’accueil est un rare privilège qui n’est réservé exclusivement qu’aux hôtes de marque. Et Walmir en était bien un, aux côtés du Directeur Général du CICIBA, du Directeur de la Recherche (Prof. BITJAA KODY) et du Conseiller du Directeur Général en matière de coopération internationale (Christian-Gaillard OBAME).

Une fois arrivé au cœur de la résidence royale, c’est le grand choc ! Walmir est face au roi Ta Kombouet. Comme il est tout majestueux sur son trône, flegmatique, énigmatique et magnifique. C’est bien là un des mystères des souverains bantu. Un mélange d’amabilité bien contenu et de hauteur régalienne. Quelle attitude prendre ? Sinon appliquer la tradition de la cour. On ne serre pas la main au roi. On s’incline devant sa majesté en prononçant, dans la langue de la cour, la formule de salutation conventionnelle. Le roi incline sa tête et agite un grelot. Trois fois. Ensuite, cinq sièges couverts de tissus blancs accueillent les visiteurs sur invitation cordiale du « Premier Ministre » de la cour.

Le professeur Walmir occupe une place spéciale, à la droite du roi. Ça y est. Voici un fils du Brésil dans les bras d’un ancêtre qu’il n’a jamais eu. L’instant est solennel.

Après un lourd silence, la parole reprend ses droits. S’exprimant à travers son plus haut dignitaire de la cour, le roi souhaite la bienvenue à ses hôtes et leur accorde sa bénédiction.

Le Directeur Général du CICIBA, qui est un habitué de cette cour, présente le visiteur brésilien et lui passe la parole. Tout ému, le professeur Walmir dit toute sa joie de bénéficier d’un accueil si paternel, en terre première : « Votre Majesté, c’est un fils de votre pays qui vous revient. Profonde est mon émotion de me retrouver à vos côtés. C’est le lieu pour moi de vous dire toute ma déférence à votre auguste personne ainsi qu’aux honorables notabilités de votre cour. A l’instant même je réalise combien quiconque a perdu ses racines, a perdu par le fait même sa légitimité. La mienne, honneur à vous mes ancêtres bantu, je viens de la retrouver ici au Gabon. Après avoir été reçu hier par le Ministre d’Etat Alain-Claude Bilie-By-Nze et le CICIBA, ma présence ici aux sources de nos valeurs bantu se révèle si importante qu’elle me confine à un impérieux devoir de reconnaissance. Au nom des miens qui sont restés au Brésil, je me dois de leur apporter témoignage de ce que je viens de découvrir ici à la source de nos vraies traditions africaines. Merci Majesté, Merci au Gabon, Merci au Président ALI BONGO ONDIMBA. Mon souhait le plus ardent est de vous accueillir à mon tour au Brésil à l’occasion de la tenue de la 4e ECOBANTU ».

Message reçu favorablement par le roi Ta Kombouet, qui à son tour remercie son hôte et lui confère sa protection en le gratifiant d’un rituel spécial de purification, éclairé par une torche sacrée. Signe que les ancêtres bantu sont heureux du retour à la maison de leur fils Tata Nkisi Walmir venu du Brésil à la recherche des siens.

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Emouvant ! Emouvant !

Lorsque le cortège du CICIBA reprend la direction de Libreville, il est plus de 19h. La nuit couvre déjà le Cap Santa Clara de son lourd manteau noir. Le Gabon vient de saluer un énième retour d’un de ses fils perdus. Comme autrefois Gaspar Yanga, le Prince qui, lui, repose au Mexique dans la ville qui porte son nom.

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