Colloque international de Brazzaville

Le Royaume Kongo revisité par des chercheurs multidisciplinaires

Le CICIBA a pris une part active aux travaux

Le mémorial Pierre-Savorgnan-de Brazza a abrité, sous l’égide de l’Unesco et de l’Organisation internationale de la Francophonie, du 2 au 3 octobre 2018, un rendez-vous scientifique ayant regroupé plusieurs universitaires et experts. Ce colloque international a mis en lumière la richesse et la diversité culturelles de cet important espace géographique crée au XIIIe siècle par le roi Nimi Lukeni, bien avant l’ère coloniale que se partagent l’Angola, les deux Congo et le Gabon. Plusieurs thématiques allant de l’histoire à la littérature en passant par l’anthropologie, l’économie et autres aspects ont constitué la toile de fond de ce rendez-vous scientifique.

Placés sous les auspices du Premier ministre congolais, Clément Mouamba, les travaux de ce colloque international autour du thème  »Vie et existence dans le Royaume Kongo » organisés en collaboration avec les chercheurs de la faculté des lettres et des sciences humaines de l’université Marien Ngouabi, ont débuté par le mot de bienvenue du maire de Brazzaville, Christian Okemba. Précédant la secrétaire d’État chargée de la Culture de l’Angola, Maria da Piedade de Jésus qui a relevé que « l’histoire de l’ancien Royaume du Kongo ainsi que certains aspects de son organisation sociopolitique et économique ne sont pas encore totalement connus, bien que plusieurs études développées à ce sujet existent. Ce qui limite la connaissance sur la richesse et la diversité culturelle de cet important royaume… »

Pour sa part, le ministre de la Culture et des Arts du Congo, Dieudonné Moyongo, a indiqué que « la communauté scientifique africaine s’est retrouvé à cet endroit chargé d’histoire pour un colloque axé sur le passé précolonial de la sous-région d’Afrique centrale, en vue de mieux s’éclairer dans l’approche d’une question d’actualité, un sujet de grand intérêt, à savoir le vive ensemble ».

Revisiter le passé pour en tirer les justes enseignements constitue, comme l’ont démontré les intervenants qui se sont succédé, une étape essentielle, incontournable du processus d’intégration régionale que nous voyons, année après année, se dessiner sous nos yeux.

C’est donc un exposé magistral reflétant le travail d’un grand maître d’histoire que le Pr Théophile Obenga, qui a ouvert les débats, sous la modération du Pr Antoine Manda Tchebwa, a servi devant cet aréopage composé d’érudits et d’esprits éclairés, lors de la conférence inaugurale.

« Celui qui tient un discours sur un sujet d’histoire doit offrir quelques garanties d’autorité, de légitimité et de compétence », a souligné le professeur Obenga en guise de prédicat.

La leçon inaugurale du professeur obenga a permis de montrer par ailleurs « à quel point les infrastructures organiques, les structures sociales et les superstructures mentales se nourrissent et se développent grâce à ces matériaux culturels et historiques. Par bonheur, et pour le meilleur, il s’agit aujourd’hui du Royaume Kongo, fondé entre les VIIe et VIIIe siècles de notre ère, au nord-ouest de l’Angola actuel, et bien connu en Occident, à travers les Portugais, à partir de la fin du XVe siècle ».

A ce même égard, elle a mis en lumière le fait que « l’histoire a ses exigences dont le corpus forme les règles de la critique historique. De ce fait l’historien n’est pas un clerc, mais un homme ou une femme de métier et le métier est fixé par une méthodologie rigoureuse. En faisant court, l’histoire a de son côté exigence intellectuelle aiguë, rigueur conceptuelle permanente et de systématicité claire de l’exposition du récit narratif ».

Cette première intervention de grande portée historique a, par la suite, laissé la place aux travaux proprement dits. Ceux-ci étaient subdivisés en quatre panels dont deux le premier jour « Existence et mode de vie » ainsi que « Pont entre les différentes aires culturelles », et autant à la clôture « Arts et littérature », « Femmes et sociétés » animés par d’éminentes personnalités des domaines divers.

L’idée d’organiser cet événement est née au détour des échanges très instructifs autour d’une entité mémorable pour lequel il fallait mutualiser les efforts avec comme point d’ancrage, le Royaume Kongo.

C’est à bon droit que l’une des institutions ayant participé activement à la préparation de ce colloque, l’Unesco, par la voix de son représentant au Gabon et au Congo, Vincenzo Fazzino, a adressé ses chaleureuses félicitations à la Directrice générale du Mémorial Pierre-Savorgnan-de Brazza, Bélinda Ayessa, par ailleurs marraine de l’événement pour cette initiative.

Celle-ci, a-t-il soutenu « met en valeur un aspect de l’histoire des civilisations africaines constituant le fondement de l’identité des peuples et des nations qui évoluent ensemble dans le bassin du fleuve Congo. Les traces et les vestiges du Royaume Kongo sont encore présents dans différents pays de ce bassin, notamment en Angola, les deux Congo et le Gabon ».

M.Vincezo Fazzino, représentant de l’UNESCO au Congo, a ensuite précisé : « Mon institution porte un intérêt particulier à l’objet de ce colloque, en raison de mon mandat sur l’éducation, la science et la culture ainsi qu’un ensemble de programmes et d’instruments juridiques développés depuis sa création. Le programme de l’histoire générale de l’Afrique, avec ses neuf volumes, met en lumière, depuis 1964, l’unité historique de l’Afrique et les relations de celle-ci avec les autres continents, avec un accent particulier sur les apports africains aux autres civilisations, dans un jeu des échanges mutuels ».

Se félicitant de l’abondante littérature sur la question livrée à la postérité depuis plus d’un siècle, qui du reste atteste de la richesse et de la portée significative de l’espace du Royaume Kongo, Belinda Ayessa note : « A cet égard, l’organisation de ce colloque témoigne de la nécessité de maintenir avec l’histoire une relation suivie, intelligible et productive. Car la vie et l’existence, quand on les pense dans leurs insertions dans l’histoire, se déploient en synergie de sens et d’action et se définissent comme source nourricière et sève d’épanouissement ».

En marge de ce rassemblement scientifique, les invités ont visité le Musée galerie du Bassin du Congo. Au nombre de ceux-ci, le Directeur Général du CICIBA, le professeur Antoine Manda Tchebwa, lequel subjugué par la qualité des objets conservés par ce Musée et sa remarquable scénographie, a, au terme de sa visite, consigné dans le livre d’or de la galerie : « Un lieu de mémoire, de fraternité et d’histoire. Un tel héritage est une invitation à nous réapproprier notre histoire commune. Merci pour tant de bonheur éprouvé au contact de ces œuvres intemporelles. Longue vie au Musée, le CICIBA lui tend la main pour une coopération durable ».

Le Musée galerie du Bassin du Congo apporte un regard complémentaire sur la mémoire du Royaume Kongo vu dans sa dimension créative et fabricante avec tant d’objets d’art reflétant un degré d’inventivité supérieure qui cadrent parfaitement avec la problématique soulevée par le colloque de Brazzaville.

Etaient convoqués tout à la fois, l’histoire, l’anthropologie, la philosophie, l’économie, la sociologie, l’esthétique et la littérature.

Exceptionnelle aura été la qualité des conférenciers, de même que la contribution au débat des organisations de recherches régionales comme le CERDOTOLA de Yaoundé, qui met en valeur le patrimoine africain à travers l’étude des traditions orales et écrites, représenté par son Secrétaire exécutif, le Pr Charles Binam Bikoï, le CICIBA de Libreville, la Fondation Conrad Adenauer, l’Université de Kinshasa, l’Université de Luanda et de bien d’autres chercheurs indépendants de haut niveau.

Dans un forum comme celui que vient d’abriter le Mémorial Pierre de Savorgnan de Brazza, autour d’une thématique interdisciplinaire, il était question principalement, comme l’a indiqué la marraine Belinda dans son mot de clôture du forum, de « poser radicalement la question de l’être-au-monde forgé et codifié à partir d’une vision nourrie de mythes, de sagesse traditionnelle, et de conditionnalité de se choisir et de se définir (…) Du coup, ce n’est ni l’unanimité des opinions ni l’uniformité de la pensée qui était recherchée. Ce qui importait, c’est de faire œuvre de consistance argumentive, au sens que lui donne le philosophe allemand Jürgen Habermas, c’est-à-dire une pensée fondée en raison et portée par la pertinence d’une éthique de la communication. »

Qu’à cela ne tienne, dans une intellection concertée, ensemble les participants ont pu revisiter le royaume de Kongo dans toutes ses dimensions : temporelles, sacrées, symboliques et spirituelles. Tant de prismes qui permettent désormais, au sortir de ce colloque, de donner à la geste kongolaise une trame historique holiste capable de renouveler le regard sur ce peuple bantu.

L’artiste Zao Casimir exécutant « ancien combattant », une manière de célébrer le vivre-ensemble pacifique hérité de la tradition Kongo

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